novembre 2025
Faire face à l’incertitude financière : comment les employeurs peuvent-ils optimiser les solutions d’épargne pour aider à protéger l’avenir de leur personnel?
La dernière décennie, marquée par une période de stabilité financière, laisse maintenant place à son lot d’incertitudes. Alors que l’inflation, les taux d’intérêt volatiles et les prix élevés de l’immobilier grugent le pouvoir d’achat des personnes en emploi et à la retraite, les organisations sont désormais appelées à la rescousse pour offrir un soutien financier élargi à leur personnel.
Mélinda Bastien, associée adjointe en gestion d’actifs et en épargne et retraite chez Normandin Beaudry, considère qu’offrir une saine diversification est l’une des premières stratégies à envisager en matière de gestion de la santé financière. « En diversifiant les véhicules d’épargne, les organisations peuvent mieux faire face à différentes situations financières, au même titre qu’une saine diversification des placements permet d’affronter différents contextes économiques », explique-t-elle.
Par conséquent, les organisations doivent réévaluer les solutions d’épargne qu’elles proposent et faire preuve de flexibilité en la matière. « Plusieurs organisations n’offrent que le traditionnel régime de retraite ou le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) comme mode d’accumulation d’épargne, ajoute Mélinda Bastien. Ce véhicule ne répond malheureusement plus aux besoins de l’ensemble de la population canadienne. Le système financier canadien s’est raffiné au cours des 15 dernières années et les approches en matière de santé financière doivent suivre le pas! »
Une enquête récente de Léger a montré que 45 %1 des Canadiens et Canadiennes vivent d’un chèque de paie à l’autre. De plus, selon Statistique Canada, 37 %2 des ménages empruntent de l’argent pour leurs dépenses quotidiennes, contre 27 %2 en 2019. Les difficultés économiques des ménages révélées par ces données confirment que les organisations devraient repenser leur offre de solutions d’épargne de manière à mieux répondre aux préoccupations financières, parfois à court terme, de leur personnel.
Dans ce contexte, chaque organisation a l’occasion de revoir son approche en matière de soutien au personnel, de mettre à jour ses communications en conséquence et d’ainsi renforcer la mobilisation de sa main-d’œuvre.
Selon Statistique Canada, plus de 50 %3 des Canadiens et Canadiennes qui obtiennent un baccalauréat sont endettés, la dette moyenne s’élevant à plus de 30 000 $3. Avec la hausse du coût de la vie, les budgets se resserrent, contraignant ainsi les Canadiens et Canadiennes à privilégier leurs besoins immédiats en liquidités plutôt que de se concentrer sur l’épargne et les rentes, dont la valeur est perçue comme trop lointaine pour avoir un impact immédiat.
En réorientant les régimes d’épargne existants vers le remboursement des dettes d’études, un régime d’épargne-retraite peut être repensé pour répondre aux besoins immédiats, tout en renforçant les bonnes pratiques de gestion budgétaire et de remboursement des dettes. Les spécialistes en planification financière recommandent depuis longtemps de privilégier ces habitudes, car elles favorisent une épargne plus solide à long terme.
L’ajout d’un compte d’épargne libre d’impôt (CELI) aux avantages sociaux du personnel peut améliorer la flexibilité et répondre à divers objectifs financiers. Intégrer ce dernier dans la conception du régime de base permet au personnel de verser ses cotisations dans le CELI ou le REER, ou les deux.
« Le CELI est encore sous-utilisé par la classe moyenne canadienne. Pourtant, il offre plus de flexibilité aux épargnants et épargnantes, qui peuvent non seulement y accumuler du rendement à l’abri de l’impôt, mais aussi l’utiliser pour concrétiser des projets, se constituer un fonds d’urgence et optimiser la planification de leur retraite. Avec des retraits non imposables et des droits de cotisation renouvelés, le CELI est un outil accessible et polyvalent pour le personnel », explique Mélinda Bastien.
Les employeurs pourraient également envisager l’ajout de comptes d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété (CELIAPP), qui permettent aux acheteurs et acheteuses d’épargner à l’abri de l’impôt pour l’achat ou la construction d’une première propriété.
Ces options répondent tant aux besoins immédiats qu’à la sécurité à long terme, contribuant ainsi à améliorer la satisfaction du personnel et la santé financière.
L’industrie financière est complexe. Les différents acteurs y travaillent sous une multitude de titres professionnels. Et de nouveaux acronymes émergent à l’occasion, ce qui ajoute aux options à soupeser par les épargnants et épargnantes. Or, cette ambiguïté sur les types de services offerts décourage parfois les personnes à consulter. Pire encore, elle peut susciter de la méfiance.
En plus de s’ouvrir aux autres solutions d’épargne offertes, l’employeur peut aussi contribuer à améliorer l’accès de son personnel actuel et retraité à des ressources impartiales et indépendantes en matière de conseils financiers. « Ce type de services permet aux gens de mieux comprendre leur situation financière et de se sentir en confiance », constate Mélinda Bastien.
Et les enjeux sont grands pour ces personnes, qui accumulent parfois depuis 30 ou 35 ans des sommes importantes dans des régimes d’épargne mis en place par l’employeur. « L’heure du décaissement sonnera éventuellement. Et avec lui, de nouvelles responsabilités se présenteront, comme investir avec le bon niveau de risque pour un décaissement optimal et gérer le risque de longévité. L’employeur peut cependant prévoir le coup pour faciliter cette transition en proposant des solutions qui aident les personnes retraitées à faire face à ces complexités et à réduire le fardeau de la gestion de leurs actifs », enchaîne la spécialiste.
Les personnes nouvellement retraitées ou qui le sont depuis déjà plusieurs années sont souvent confrontées au défi de transformer leur épargne en revenu. Pour le faire en toute quiétude, il faut une solution de type rentes.
L’intégration des rentes dans les régimes financiers est une stratégie efficace pour garantir les revenus de la retraite. Autrefois réservées aux régimes de retraite à prestations déterminées, les rentes gagnent aujourd’hui en popularité auprès des particuliers, qui les considèrent comme un moyen de regrouper leurs actifs et de se garantir un revenu stable à vie.
« Ces solutions protègent les personnes retraitées de la volatilité des marchés et leur procurent une certaine tranquillité d’esprit », explique Mélinda Bastien. Offrir aux membres du personnel la possibilité d’acheter des rentes dans le cadre de leur rémunération globale renforce la planification de leur retraite et accentue l’engagement de l’organisation à fournir un soutien à long terme.
Les organisations qui proposent une combinaison de régimes tout au long de la carrière de leur personnel, associant gestion des dettes et possibilité d’acheter une rente viagère au moment de la retraite, offrent ainsi un soutien financier complet qui dépasse largement le cadre de la vie professionnelle. Cette approche renforce l’image de marque de l’employeur tout en favorisant la loyauté et l’engagement du personnel. « Le CELI et le CELIAPP sont de puissants outils pour favoriser paix d’esprit et santé financière. Pour les personnes retraitées, la rente permet de compter sur des revenus prévisibles, à l’abri de la volatilité des marchés. Ces options contribuent grandement à réduire le stress financier du personnel actif et retraité », conclut Mélinda Bastien.
En fin de compte, l’adoption de différentes solutions d’épargne et l’accès à des conseils financiers offrent au personnel, tant actif que retraité, les outils essentiels pour faire face à l’incertitude financière. Les organisations qui privilégient ces stratégies cultiveront une main-d’œuvre plus engagée et financièrement confiante.
Cet article a été rédigé en collaboration avec :
Mélinda Bastien, ASA
Associée adjointe, Durabilité, Gestion d’actifs et Épargne
Normandin Beaudry
- Économie et finances : novembre 2024 – Léger
- Le bien-être financier des Canadiens : Résumé des résultats des sondages de l’ACFC
- Statistique Canada. Tableau : 37-10-0036-01 Dettes d’études de toutes sources, selon la province d’études et le niveau d’études
