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IA et transformation du travail : le leadership RH sera essentiel

L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un puissant moteur de transformation du travail. Bien au-delà de l’automatisation de certaines tâches, elle redéfinit les façons de travailler, les mécanismes décisionnels et les compétences nécessaires à la création de valeur. Pour les organisations, l’enjeu ne consiste pas simplement à adopter de nouvelles technologies, mais à réussir leur intégration dans les pratiques quotidiennes.

Dans ce contexte, les organisations qui tirent pleinement parti de l’IA sont celles où le leadership donne une direction claire, instaure la confiance et crée des conditions de collaboration efficace entre l’humain et la technologie. Cette évolution exige l’adoption de façons de travailler plus « agentiques », où l’IA transforme à la fois l’exécution, la décision et la création de valeur. Le leadership RH est ainsi appelé à jouer un rôle central pour guider cette transformation de manière lucide, structurée et profondément humaine.

Leadership RH : stratège de la transformation

Avec l’IA, les tâches sont redistribuées, les rôles sont recomposés, les parcours de carrière sont fragmentés et les décisions de gestion exigent de nouveaux arbitrages entre productivité, risque et équité.

Le leadership RH permet de reconfigurer les rôles et d’instaurer une nouvelle qualité de collaboration entre l’humain et la technologie. Cela impose l’accélération de l’appropriation de l’IA dans le travail, le rehaussement du leadership décisionnel ainsi que la création des conditions d’une collaboration augmentée.

Encadrer la gouvernance

Une erreur que l’on observe fréquemment est de traiter l’IA comme un dossier technologique. En réalité, son incidence dépasse largement le cadre de la technologie : puisqu’elle influence la prise de décision, la performance, les compétences et la structure des postes, elle devient assurément un enjeu de gouvernance et de ressources humaines.

Le leadership RH doit donc occuper une place centrale, aux côtés des fonctions TI, juridiques et opérationnelles, pour veiller à ce que les choix technologiques demeurent en cohérence avec les valeurs, les obligations légales et l’ambition stratégique de l’organisation. Son rôle ne se limite pas à porter la perspective des ressources humaines : il vise à faciliter les échanges entre les membres du comité de direction et à soutenir des décisions cohérentes. Puisque l’IA soulève des enjeux transversaux, il devient essentiel d’orchestrer les capacités de l’ensemble des parties prenantes où le leadership RH devra être aux commandes.

Pour assurer une cohérence organisationnelle, la gouvernance doit reposer sur une définition explicite de la mission IA, qui doit être comprise à la fois par les gestionnaires et les talents. Pour le leadership RH, cela signifie d’exiger des balises claires sur la qualité des données, la confidentialité, la traçabilité des décisions, la surveillance des biais, l’explicabilité des modèles et la reddition de comptes1.

La gouvernance de l’IA repose sur la confiance ainsi que sur une vision claire des usages acceptables, des zones de vigilance nommées, des espaces de dialogue crédibles et une promesse tangible sur ce que l’organisation veut transformer, ce qu’elle entend préserver et la manière dont les gains favoriseront le développement du talent et la qualité du travail.

Passer à l’orchestration

L’effet le plus structurant de l’IA sur la fonction RH est la multiplication de transitions de la main-d’œuvre. Certaines tâches seront automatisées, d’autres augmentées2, d’autres déplacées vers des rôles hybrides où le jugement, l’analyse, la supervision et la prise de décision prendront plus de valeur.

La capacité à reconfigurer le travail avec cohérence et équité, sans fragiliser la confiance ni diluer la proposition de valeur aux talents, est au cœur des préoccupations du leadership RH qui doit en organiser le passage.

Par où commencer? Cinq questions pour asseoir les fondements structurants.
  1. Avons-nous une compréhension commune suffisante de ce que l’IA doit transformer – et de ce qu’elle ne doit pas fragiliser – dans notre modèle de travail, notre culture et notre proposition de valeur aux talents?
  2. Quels usages de l’IA créent aujourd’hui le plus de valeur, et lesquels exigent des balises plus claires en matière de risque, d’équité, de confidentialité ou de qualité des décisions?
  3. Quels groupes, rôles ou niveaux sont les plus exposés à la transformation, et sommes-nous aptes à anticiper les transitions, les besoins de soutien et les capacités à développer?
  4. A-t-on fourni à nos gestionnaires et cadres les outils nécessaires pour exercer leur jugement dans un contexte où l’IA influence davantage les décisions, les arbitrages et la collaboration entre les fonctions?
  5. Dans les six à douze prochains mois, quelles seront les trois actions les plus structurantes à mener pour renforcer à la fois la confiance, la compréhension de la gouvernance et la capacité réelle de l’organisation à avancer?

À mesure que certaines tâches sont prises en charge par l’IA, l’organisation doit offrir d’autres repères de développement, de mobilité et de reconnaissance. C’est souvent là que se joue la différence entre une transformation créatrice de valeur et une transformation génératrice de désengagement.

Cela exige de cartographier les tâches les plus exposées, de distinguer ce qui sera automatisé de ce qui sera augmenté, d’identifier les populations les plus vulnérables, de repérer les compétences adjacentes3 et de construire des scénarios crédibles de redéploiement.

Développer une culture d’apprentissage

Cette transformation requiert la construction d’une organisation plus adaptable et surtout plus apprenante. Elle exige que l’organisation soit capable d’apprendre vite, d’expérimenter, de faire évoluer ses rôles et d’accroître la littératie numérique, analytique et éthique de ses leaders et de ses talents.

Les gains durables liés à l’IA reposent sur une combinaison de maîtrise des outils, de compréhension des risques et de capacités humaines. L’agilité, la capacité d’apprentissage, le discernement, la curiosité, la collaboration, le jugement éthique et l’ouverture aux changements deviennent des compétences critiques.

Ainsi, cette transformation oblige l’organisation à revoir la manière dont elle définit et évalue la performance. Lorsque la valeur créée résulte davantage d’une collaboration entre l’humain et la technologie, il devient nécessaire d’accorder plus de place au jugement, à l’usage réfléchi de l’IA et à l’apprentissage collectif. Les critères de performance doivent évoluer avec le travail lui-même. Autrement, l’organisation exigera l’adoption de nouveaux comportements tout en continuant à reconnaître les anciens.

Dans une culture où l’apprentissage est valorisé, où l’expérimentation est encadrée sans être étouffée et où les nouvelles formes de contribution sont reconnues, l’intégration de l’IA s’accélère. À l’inverse, dans une culture marquée par la peur de l’erreur et l’ambiguïté des attentes, même les meilleures initiatives peinent à prendre racine. Le leadership RH a donc un rôle déterminant à jouer pour faire de la culture un levier concret d’appropriation et de confiance.

Propulser l’appropriation avec confiance

À mesure que l’IA redéfinit le travail, le véritable défi ne sera pas son adoption, mais la capacité à l’intégrer de manière cohérente, responsable et créatrice de valeur.

Pour y parvenir, les organisations devront établir des repères clairs quant aux usages attendus, aux responsabilités de chaque personne et aux principes qui guideront les décisions. Elles devront également concentrer leurs efforts sur les initiatives qui génèrent une valeur tangible, afin d’exposer concrètement le potentiel de l’IA et de renforcer la confiance envers la transformation. Enfin, elles devront accompagner les personnes en leur offrant les outils, les compétences et le soutien nécessaires pour évoluer dans un environnement de travail en mutation.

C’est précisément dans cette capacité à donner des repères, à orienter les efforts et à accompagner les personnes que le leadership RH jouera un rôle déterminant. En créant les conditions d’une gouvernance claire, en misant sur les initiatives les plus porteuses et en plaçant l’humain au cœur de la transformation, il contribuera à faire de l’IA un levier durable de performance, de mobilisation et de développement du talent.

Geneviève Cloutier, M. Sc., CRHA, Distinction Fellow, certifiée SuccessFinder
Associée, Rémunération, talent et culture

Nadia Boucher, M.Sc., CRHA, PCC, certifiée niveau expert SuccessFinder
Conseillère principale, Rémunération, talent et culture

Mathieu Baril, M. Ps.
Associé adjoint, Rémunération, talent et culture

  1. D’ailleurs, en juin 2026, l’Ordre des CRHA a publié les lignes directrices quant à l’utilisation de l’intelligence artificielle en RH \ RI afin d’encadrer la gouvernance des professionnels et professionnelles CRHA entourant l’IA.
  2. Les tâches augmentées désignent des activités dont l’exécution est améliorée et facilitée par l’intégration de technologies, principalement l’intelligence artificielle (IA) ou la réalité augmentée. L’objectif est de collaborer avec la machine pour accroître l’efficacité humaine.
  3. Les compétences adjacentes (ou adjacent skills) sont des aptitudes proches ou complémentaires de celles déjà maîtrisées. Elles permettent de tirer profit des acquis pour élargir le champ d’expertise sans recommencer à zéro, facilitant ainsi une reconversion professionnelle ou une évolution de carrière.

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